On l’appelle souvent « Saint Augustin l’Africain ». Une appellation qui surprend, tant l’imaginaire collectif associe cette grande figure de l’Église à l’Europe plutôt qu’au continent africain. Pourtant, les sources historiques sont formelles. Dans Les Confessions, rédigées entre 397 et 401 après Jésus-Christ, Augustin situe clairement sa naissance en 354 à Thagaste, actuelle Souk Ahras, en Algérie. Le grand docteur de l’Eglise est donc un fils de la Numidie romaine, profondément enraciné dans le sol nord-africain.
Si son éducation est latine, ses origines familiales sont amazighes. Sa mère, Sainte Monique, porte un nom dont l’étymologie renverrait à “Mon”, une divinité berbère, signe d’une lignée antérieure à la romanisation. Pour le professeur et abbé Michel Kouam, cette identité nord-africaine façonne le tempérament d’Augustin et a influencé sa vision du monde et de la foi.
Dans ses écrits, Augustin d’Hippone mêle la rigueur de la rhétorique latine à une sensibilité héritée des cultures berbères et puniques. Il défend la valeur des langues locales face à l’hégémonie culturelle romaine. Son biographe Possidius de Calame rapporte dans l’ouvrage “Vita Augustini” qu’en tant qu’évêque, Augustin veillait à ce que le clergé puisse prêcher dans les langues comprises par les fidèles. Pour le chercheur camerounais Bertrand Begoumenie, l’africanité de Saint Augustin dépasse la généalogie : elle se manifeste aussi dans sa pensée, nourrie d’influences intellectuelles africaines, notamment égyptiennes.
L’influence de ce Saint patron et grand penseur de l’Eglise sur le christianisme n’est pas seulement intellectuelle, elle est géographique et culturelle. Depuis l’actuelle Algérie, Augustin a structuré la théologie de l’Église d’Occident, faisant de l’Afrique un centre majeur du christianisme antique.





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